Mon ado dit “Attends, 2 secondes…” : comprendre et éviter le conflit

Crédits photo : Veri Ivanova

« Attends, 2 secondes»
Dix minutes plus tard, ton ado n’a tou­jours pas répon­du à ton appel.

De mon temps, on disait « Attends, 2 minutes… ».
Oui, le temps s’est rétré­ci, tout va plus vite, et doit être immé­diat.
Et pour­tant…

« Un ado » reste « un ado », sauf quand il gran­dit bien sûr, et devient adulte, comme toi, comme moi.
Pour l’heure, ton ado n’est pas encore un adulte, même s’il aspire très fort à l’être, et te rap­pelle tous les jours com­bien vos points de vue sont dif­fé­rents.

Point de vue du parent

Tu n’as pas besoin d’a­voir un doc­to­rat en mathé­ma­tiques pour savoir que « 2 secondes », c’est très court, même plus court que le temps pris pour relire cette phrase.

Alors, quand ton ado te dit « Attends, 2 secondes… », et oublie ins­tan­ta­né­ment ce que tu viens de lui dire, cela peut (par­fois) t’agacer.

Depuis que tu as un ado à la mai­son, le temps est en effet deve­nu « élas­tique », et ces « 2 secondes » ne sont plus ce qu’elles sont cen­sées être.

Quand tu dis à ton ado que cela fait cinq fois qu’il te dit « Attends, 2 secondes… » , il te répond avec aga­ce­ment :
« C’est bon, là ! J’ai dit 2 secondes ».

Et il lève les yeux vers toi, pose ton télé­phone por­table, et viens t’ai­der à (finir de) vider le lave-vaisselle.

Ta ten­ta­tion de te dire que tu as éle­vé un roi fai­néant est alors bien grande.

En ton for intérieur :

  • Tu penses faire une demande rai­son­nable : « Poser la table n’est pas énorme vu que je pré­pare le repas depuis plus d’une heure » .
  • Tu t’at­tends à ce que tu demandes soit réa­li­sé rapi­de­ment ou dans un délai rai­son­nable, après tout il est tard, et tu as faim.

Point de vue de l’ado

L’a­do pense que ses parents sont juste « trop pénibles ».
« Mes parents ne com­prennent pas que moi aus­si, je suis très occu­pé ».
« Je ne peux pas tout arrê­ter, là, tout de suite, juste pour faire ce qu’ils me demandent ».
« Je ne demande pas à ma mère de me dépo­ser chez un ami, alors qu’elle est en réunion d’af­faires ».
« Quand j’é­cris un tex­to à ma copine, ou que je regarde une série, ce n’est pas le moment de me deman­der de sor­tir la pou­belle ou de poser la table. Ils n’ont qu’à le faire eux-mêmes ».

Point de vue extérieur et astuces

« Attends, 2 secondes… » est sou­vent une source de conflit familial.

Cepen­dant, l’a­do a sa propre vision, qui n’est pas la même que celle de ses parents, de ce qui est rai­son­nable quand il s’a­git d’ac­com­plir cer­taines tâches :

  • Votre ado­les­cent n’a pas faim à 20 heures car son der­nier repas est récent.
  • Il ne voit pas pour­quoi on ne peut pas vider le lave-vais­selle beau­coup plus tard.
  • Votre ado n’est pas obli­gé de ran­ger sa chambre juste parce que ses grands-parents vont bien­tôt arriver.
  • etc.

Le parent se sent frus­tré des tac­tiques d’é­vi­te­ment de son ado, et l’a­do se sent « pris de haut » et se retranche sur sa posi­tion si le parent revient « à la charge » toutes les trois minutes.

« Arrête de me le dire, et je le ferai » .

Astuces

  • Demande à ton ado ce que veut dire pour lui « Attend, 2 secondes … » : s’il est occu­pé, demande-lui com­bien de temps il doit consa­crer à sa tâche actuelle.
  • Laisse à ton ado l’op­por­tu­ni­té d’expli­quer avec res­pect, donc sans s’é­ner­ver, pour­quoi il ne peut pas accé­der immé­dia­te­ment à ta demande.
  • Pro­pose à ton ado de gérer lui-même une alarme de 2 ou 5 minutes, au bout des­quelles la tâche deman­dée devra être effectuée.
  • Prend de la marge : si tes invi­tés doivent arri­ver à 20 heures, ne demande pas à ton ado de ran­ger ses chaus­sures qui trainent dans l’en­trée à 19h50, mais bien plus tôt, au moins 19h30 ?
  • Asso­cie à ta demande une action qu’il appré­cie : s’il enlève ses chaus­sures de l’en­trée, ensuite, il pour­ra dif­fu­ser de l’huile essen­tielle de lavande, qu’il appré­cie, pour accueillir les invi­tés de manière plus agréable.
  • Dis­cute en amont avec ton ado, des demandes qui ne sont pas négo­ciables.
    Par exemple, chez nous, quand je rentre du super­mar­ché avec le coffre plein, il n’est pas négo­ciable d’at­tendre le bon vou­loir de mes ados pour m’ai­der à mon­ter et ran­ger les courses.
  • Rela­ti­vise : lorsque l’oi­seau aura quit­té le nid, ses pas trai­nants pour te rejoindre à table te manqueront.

Si tu t’es retrou­vé dans cet article, donne-nous aus­si tes astuces dans les com­men­taires ci-dessous.

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Photo de Carole Levy

Vous êtes parent, édu­ca­teur ou ani­ma­teur. Vous vous inté­res­sez par­ti­cu­liè­re­ment à la période de l’a­do­les­cence… Vous êtes au bon endroit !

Je m’ap­pelle Carole Levy et je par­tage avec vous mes appren­tis­sages, mes expé­riences et mes connais­sances.

Pour savoir pour­quoi et com­ment, je vous l’ex­plique dans “A pro­pos.”

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7 Commentaires 

  1. Armand

    Bon­jour j’ai aimé l’ar­ticle j’ai pas d’as­tuce si non que quand je remarque que c’est très fré­quent ; après trois aver­tis­se­ments je pro­met de fes­ser et il s’exé­cute. je ne sais pas si c’est vrai­ment une astuce mais c’est ce que moi je pra­tique. rare­ment j’en arrive là. c a d à la fes­sée. par contre est ce que vous recom­man­dez ou pas la lec­ture de vos article avec nos ados eux même c’est à dire de lire avec eux ensemble ?

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    • Carole Levy

      Bon­jour Armand,
      A chaud, il nous arrive de mena­cer notre ado. Quand on y réflé­chit à froid, même si cela a paru effi­cace, je ne pense pas que ce soit adapté.
      Qu’est-il pré­fé­rable ? Que l’a­do agisse car il s’est mis d’ac­cord avec ses parents selon un com­pro­mis, ou qu’il agisse pour ne pas rece­voir de gifle ou pour que ses parents arrêtent de le houspiller ?
      L’i­déal est bien sûr qu’il s’ap­pro­prie la demande comme une néces­si­té, comme ce qu’il est bon de faire pour lui, pour vous, pour la vie de famille.
      Pour la lec­ture des articles du blog avec tes ados, pour­quoi pas, à condi­tion que ça ne soit pas obli­ga­toire. Mon fils aîné a été mon pre­mier lec­teur pen­dant plu­sieurs mois, puis a lâché l’af­faire, tan­dis que mon fils cadet ne s’y est jamais inté­res­sé de près. Tu peux leur dire : “Tiens, j’ai bien aimé cet article. Est-ce que tu pour­rais me don­ner ton avis ?”.

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      • Armand

        Bon­jour Carole Et Mer­ci pour ta réponse per­ti­nente. après recul je crois que mon com­por­te­ment “exces­sif et plus ou moins violent” est dû à l’i­gno­rance de quel est la bonne atti­tude à adop­ter face à telle ou telle situa­tion en tant que parent. depuis que je lis ton blog et prin­ci­pa­le­ment ton e‑book gra­tuit j’ai fais des pas de géant dans ma rela­tion avec ma famille. Mer­ci pour tes pré­cieux conseils. je crois fina­le­ment qu’il devait exis­ter des écoles où les parents apprennent à être parent car aucun enfant n’ar­rive au monde avec une notice d’u­ti­li­sa­tion ou un guide uti­li­sa­teur aidant le parent à l’é­du­quer et à com­mu­ni­quer avec lui et le monde. Mer­ci encore.

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        • Carole Levy

          Mer­ci Armand pour ton retour très posi­tif, cela me booste vraiment !
          Tout ce que tu as le cou­rage de dire montre que tu es très inves­ti pour ta famille, et que tu en récoltes les fruits.
          C’est un véri­table cercle ver­tueux, à entretenir.
          Mieux se connaitre pour agir au mieux, et adap­ter nos vieux sché­mas à nos besoins d’aujourd’hui 😉

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          • Armand

            Mer­ci Carole.

  2. Carine

    Quand j’en­tends ce “2 secondes” ou “je vais l’faire”, je demande “quand” (avant ou après “quoi” : la douche, la fin de la par­tie de jeu vidéo, avant le repas, …). C’est plus concret.
    Ou alors, je pro­gramme le ren­dez-vous dis­cus­sion : “là, je dois pré­pa­rer le repas, je vou­drais dis­cu­ter d’un truc sérieux avec toi/vous, on en parle après man­ger (sur­tout si c’est impor­tant ou si ça peut tour­ner au vinaigre ; moins de risque s’il(s) a(ont) le ventre plein !). 

    Quand j’en­tends un “Ouais …” d’un ton trai­nant lorsque je demande qq chose, je suis sûre à 99% que ce que je demande ne sera pas fait. Alors je dis : “j’ai besoin d’aide. Il faut faire ça, ça et ça. Qui fait quoi ?”
    Le pro­blème (pour moi) c’est quand cer­taines tâches ne sont pas prises par un des ados, et je me retrouve à les faire …

    Par­fois c’est comme tu dis, un échange : tu veux aller voir tes copains jouer au foot ? OK, mais ta chambre doit être ran­gée. Quand je dis “ran­gée”, ça veut dire : lit fait, pou­belle vidée, vête­ments triés et ran­gés, … [je suis claire sur ce que j’attends]. 

    Ça peut être aus­si “on fait tout ça ensemble main­te­nant, et après on joue à un jeu de socié­té ou on regarde un film, mais il faut que je sois fait pour telle heure sinon après c’est trop tard.”.

    For­cé­ment, j’a­dapte tout ne marche pas ou pas tout le temps !

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    • Carole Levy

      Bon­jour Carine,
      Je te remer­cie pour toutes ces pistes concrètes.
      C’est vrai qu’il nous faut nous adap­ter au quo­ti­dien : une véri­table gym­nas­tique de l’esprit.
      A force d’en­trai­ne­ment, nous y arri­vons de mieux en mieux.
      Et sur­tout, il nous faut défi­nir le cadre : ce que nous pou­vons accep­ter ou pas.

      A bien­tôt sur Ado­les­cence Positive.

      Carole.

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