“Au delà des tours” : chroniques d’une ado de 15 ans

Crédits photo : Carole Levy

Si vous vou­lez vous détendre et ne pas vous poser de ques­tions, vous pou­vez lire le der­nier best-sel­ler à la mode. Si vous avez envie de “sai­sir” l’état d’es­prit d’une ado­les­cente de quinze ans en grande dif­fi­cul­té, ses ques­tion­ne­ments, et son che­mi­ne­ment pour s’en sor­tir, lisez plu­tôt le livre d’A­naïs W. : Au delà des tours.

Debbie est une ado de 15 ans

Quand j’ai ren­con­tré Deb­bie, une ado de 15 ans héroïne de ce roman, je me suis dit : “Mais que vient-elle faire dans cette galère ? ” Elle vit à “Palias” une cité proche de Paris. Vous appren­drez pour­quoi au fur et à mesure de son récit.

J’ai lu ce livre en trois soi­rées. Il n’est pour­tant pas facile à lire …

Ne cli­quez pas ailleurs ! Je m’ex­plique…
Si comme moi, vos enfants sont des ado­les­cents de l’âge de Deb­bie, cela va vous remuer. Mais pas seule­ment pour cette rai­son. Vous vous sen­ti­rez proche d’elle. Elle vous rap­pel­le­ra cer­taines de vos mau­vaises expé­riences, ou “very bad trips”. Vous sau­rez ce que Deb­bie pense, ce qu’elle res­sent, et pour­quoi elle se fait autant de mal. C’est pour­tant une chic fille, mais sa vie part en lambeaux.

Mon analyse sur les relations parents-adolescents

Sans vous dévoi­ler tous les des­sous de l’in­trigue, Je ne résiste pas à vous livrer un “aper­çu ” de ce livre, de mon point de vue de blo­gueuse ; à savoir ce qu’il apporte à l’amé­lio­ra­tion des rela­tions parents –ado­les­cents.

J’ai regrou­pé mes remarques en quatre catégories :

  • Les reproches de l’a­do­les­cente envers ses parents et sa famille.
  • Les reproches de l’a­do­les­cente envers elle-même.
  • Les sen­ti­ments de l’adolescente.
  • Les déci­sions impor­tantes, néga­tives et posi­tives, de l’adolescente.

Reproches de l’adolescente envers ses parents et sa famille

  • Ses parents l’ont sur­pro­té­gée dans sa prime jeu­nesse.
  • Les ten­sions entre son père et son frère ont semé la ziza­nie dans le couple paren­tal, ce qui a affai­bli la cré­di­bi­li­té de leur auto­ri­té.
  • Deb­bie ne com­prend pas le mépris et la vio­lence de son père.
  • Son père l’a tenue pour res­pon­sable des évè­ne­ments dra­ma­tiques sur­ve­nus dans la famille, l’a igno­rée, repous­sée, comme une menace pour son couple.
  • Au lieu de répondre à sa souf­france, sa mère l’i­gnore et se rend com­plice de l’in­dif­fé­rence paternelle.
  • Ses doutes et sa culpa­bi­li­té gran­dissent, com­blant ain­si le vide lais­sé par ses parents, en ren­for­çant son sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té.
  • Les agres­sions que Deb­bie a subies de la part de sa famille étaient gra­tuites ; elle n’a pas méri­té cela.
  • Deb­bie est deve­nue amère car elle n’a jamais accep­té que ses parents ne fassent pas atten­tion à elle. Ses parents ont créé un “monstre ” en la lais­sant livrée à elle-même.

Les reproches de l’adolescente envers elle-même

  • Deb­bie se sent cou­pable de ne pas avoir réagi de la “bonne manière ” face à un évé­ne­ment dramatique.
  • Elle est deve­nue amère, elle n’a pas eu les “bonnes réac­tions” quand ses parents n’ont plus fait atten­tion à elle.
  • Elle se sait pas­sive devant le “mas­sacre de sa vie” . Son déses­poir et ses idées noires lui ins­pirent de la haine.
  • Deb­bie vou­drait être “nor­male” , au lieu d’être une fille res­pec­tée par la force.

Les sentiments de l’adolescente

  • Deb­bie se per­çoit comme un “mur bran­lant” pou­vant être dévas­té.
  • Elle a l’im­pres­sion que son état dépres­sif et “végé­ta­tif” ne la quit­te­ra jamais.
  • Elle se sent dans un état pri­mi­tif de rage, de haine, de vio­lence. Les mots sont blo­qués quelque part, comme des pierres prêtes à la lapi­der.
  • Deb­bie a peur de la vio­lence de son père envers sa mère et s’en­fonce dans l’amer­tume : “vio­lence, alcool, chô­mage ne vont pas faire bon ménage” .
  • Elle ne consi­dère ses parents que comme de simples géni­teurs, mais ne sup­por­te­rait pas qu’ils se séparent car elle n’au­rait défi­ni­ti­ve­ment plus de famille.
  • Deb­bie ne veux plus batailler et se retrou­ver seule face à ses démons. Elle a besoin de “vacances” et se dirige vers la faci­li­té de l’oubli avec la drogue.
  • La drogue la ren­voie avec vio­lence à cette réa­li­té cruelle qu’elle s’ef­force de fuir depuis tou­jours : il n’y a plus rien pour elle.
  • Elle retarde le pre­mier pas avec une appré­hen­sion folle.

Les décisions de l’adolescente

  • Deb­bie ne veut plus être fra­gile et mani­pu­lable (comme un enfant), pour ne plus souf­frir. Elle pré­fère se recro­que­viller pour ne pas se dis­lo­quer.
  • Elle décide de fuir la réa­li­té autant que possible.
  • Deb­bie vou­drait lut­ter encore et encore, faire souf­frir sa famille autant qu’elle a souf­fert, mais elle n’en a plus ni la force ni le cou­rage.
  • Deb­bie veut prou­ver à son ami qu’elle est “quel­qu’un de bien” .
  • Elle cherche à mettre des mots sur sa lâche­té, pre­mier pas vers l’a­mé­lio­ra­tion de sa situation.
  • Il faut qu’elle sorte la tête hors de l’eau, il lui faut de l’aide.
  • Deb­bie décide que sa souf­france ne doit pas être vaine. Elle doit remon­ter la pente, si ce n’est pour elle-même, au moins pour son ami.
  • Après tant de temps pas­sé à ne plus croire en rien, elle accepte de se lais­ser gui­der.
  • Mal­gré son inquié­tude, Deb­bie a envie de vaincre ses ténèbres.
  • Elle a envie de croire en son ave­nir, elle ose espé­rer que sa colère ne revien­dra plus.

Mon avis sur “Au delà des tours”

Mes réserves

Le dénoue­ment est peut-être un peu “rapide”.

Les adultes sont très “absents” de l’in­trigue. Les rai­sons du manque d’im­pli­ca­tion des adultes envers leurs ado­les­cents sont four­nies sur­tout de manière indi­recte, par les ado­les­cents eux-mêmes. Cela m’a un peu gênée au début de ma lecture.

Mon res­sen­ti glo­bal est la qua­si-absence de dia­logues entre parents et ado­les­cents. Mais c’est cer­tai­ne­ment ce que l’au­teur a vou­lu trans­mettre sans le dire, tout en finesse.

Au final, nous res­sen­tons “l’ab­sence” en la vivant à tra­vers les per­son­nages. Ce n’est donc plus un “point faible” 😉

J’ai aimé

L’au­teur ras­semble et exprime de manière simple tout ce qui se passe dans la tête d’une ado­les­cente de 15 ans.

Le style d’é­cri­ture est clair et authen­tique. J’aime beau­coup l’ap­proche d’A­naïs W. Elle est de cette caté­go­rie d’au­teurs qui vous donnent l’im­pres­sion de faire par­tie de vos proches.

Je pense que ce style est le résul­tat de sa volon­té d’appor­ter de la valeur à ses lec­teurs, de ne pas les lais­ser indif­fé­rents en leur livrant une par­tie d’elle-même, tout en les ame­nant à réflé­chir.

L’au­teur ne se contente pas de la pro­blé­ma­tique d’une seule ado­les­cente. Elle aborde aus­si les conflits des amis de Deb­bie, et leurs com­bats pour s’en sor­tir. Les ado­les­cents de la cité de Palias gra­vitent dans un monde de vio­lence, d’incom­pré­hen­sion, et d’aban­don paren­tal :Je n’ai pas réus­si à convaincre mes parents que je valais le coup. Cela n’a jamais été assez bien, assez rapide, assez pra­tique”.

L’au­teur sou­ligne éga­le­ment l’impor­tance des pairs. Les ado­les­cents doivent res­ter sou­dés pour rele­ver la tête et s’empêcher les uns les autres de som­brer : ” Si tu ne relèves pas la tête, tu fini­ras comme moi” .

Ces ado­les­cents sont des per­sonnes fortes et aimantes, mais seules, dans un monde d’adultes qui ne les com­prend pas, ou pas encore.

Un mot sur l’auteur Anaïs W.

Anaïs W. est une auteure indé­pen­dante pas­sion­née par l’écri­ture depuis l’âge de douze ans. C’est pen­dant son ado­les­cence par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile que l’é­cri­ture est deve­nue une véri­table sou­pape. Dans ses deux pre­miers romans “Au delà des tours” et “Débo­lis Héya­vé”, elle dépeint l’u­ni­vers violent et réa­liste dans lequel l’a­do­les­cent se cherche et se découvre, en frô­lant par­fois les limites.

Conclusion sur “Au delà des tours” d’Anaïs W.

Je vous recom­mande donc chau­de­ment la lec­ture de ce roman, qui met des mots sur les sen­ti­ments pro­fonds d’une ado de 15 ans, son déses­poir lié à son res­sen­ti d’aban­don paren­tal.

L’impli­ca­tion forte d’une per­sonne clé de son entou­rage, un adulte réfé­rent” , va lui per­mettre de reprendre confiance en elle, et de trou­ver la moti­va­tion pour remon­ter la pente :

Je l’é­coute d’une oreille beau­coup plus atten­tive qu’à l’or­di­naire, sûre­ment car j’ai envie de croire en ce qu’il me dit” .

Commander le livre “Au delà des tours”

Vous pou­vez vous pro­cu­rer le livre d’A­naïs W. : Au delà des tours par ces liens :

Bienvenue sur Adolescence Positive !

Photo de Carole Levy

Vous êtes parent, édu­ca­teur ou ani­ma­teur. Vous vous inté­res­sez par­ti­cu­liè­re­ment à la période de l’a­do­les­cence… Vous êtes au bon endroit !

Je m’ap­pelle Carole Levy et je par­tage avec vous mes appren­tis­sages, mes expé­riences et mes connais­sances.

Pour savoir pour­quoi et com­ment, je vous l’ex­plique dans “A pro­pos.”

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