Le champ de bataille de Jérôme Colin : un roman sur l’adolescence

La fic­tion pro­po­sée par Jérôme Colin, jour­na­liste à la RTBF, dans son deuxième roman « Le champ de bataille », m’a ins­pi­rée et je te dis pour­quoi dans cet article.

Des livres sur l’adolescence, j’en ai lu un cer­tain nombre, tu dois t’en dou­ter, dont beau­coup de « non-fic­tion ». Je lis aus­si des romans de fic­tion, beau­coup de romans poli­ciers ou/et his­to­riques. Et des romans sur l’adolescence ? On n’en trouve pas tant que cela, ou alors ils ne sont pas mis en avant par les médias.

Qu’en dis-tu ?

Pour­rais-tu m’en conseiller dans les com­men­taires ci-dessous ?

Jérôme Colin : parent d’ado romancier

Je le disais récem­ment à une amie : ce que nous vivons au quo­ti­dien en tant que parents d’ado, mérite par­fois l’écriture d’un roman. J’ai même cer­taines idées qui pour­raient te plaire 😉

Au moment même où ce pro­jet com­men­çait à prendre forme dans mon esprit, voi­ci que me tombe des­sus « Le champ de bataille » de Jérôme Colin.

Mes­dames et Mes­sieurs les édi­teurs, je ne crois pas qu’il y ait beau­coup de romans sur le mar­ché, trai­tant du res­sen­ti des parents, dans leur quo­ti­dien avec leurs ados. Si je me trompe, s’il vous plait, par pitié, envoyez-moi en urgence ces livres, et je me ferais un plai­sir de trans­mettre à mes lec­teurs le fruit de mes inves­ti­ga­tions livresques.

Car, pen­dant mes temps libres, je lis, je lis, j’écris, je lis, j’analyse, j’écris, et ain­si de suite. C’est la grande his­toire de ma vie. Si j’étais libre de tout enjeu finan­cier, je crois bien que j’y pas­se­rai tout mon temps, avec la musique bien sûr !

Le courage d’un père

Je sou­haite saluer en pre­mier lieu le cou­rage de Jérôme Colin, le cou­rage d’un père, le cou­rage d’un mari, le cou­rage d’un homme, d’un citoyen.

Peu importe que son roman soit auto­bio­gra­phique ou pas, peu importe de savoir si les « galères » du nar­ra­teur sont ins­pi­rées de la vie de l’auteur ou non.

Je salue, et je ne peux qu’admirer la mise à nu de la rela­tion tumul­tueuse d’un homme adulte avec son fils ado­les­cent, de sa ten­dresse avec sa fille, et de son inti­mi­té avec la femme qu’il aime.

Au risque qu’on me prenne pour une fémi­niste, je ne vois pas sou­vent un nar­ra­teur dévoi­ler ses tour­ments de manière aus­si concrète, et lâcher le besoin de toute puis­sance du paraitre. Le super héros moderne ne serait-il pas celui qui assume ses sentiments ?

Donc, là je m’adresse direc­te­ment à Jérôme Colin : « MERCI !!! » .

Ce roman n’est pas adres­sé aux pères en par­ti­cu­lier, même si j’ai dit à mon mari : « Il faut abso­lu­ment que tu le lises, cela t’aidera… »

Il est aus­si adres­sé aux mères, aux édu­ca­teurs, à toute per­sonne en lien avec un ado.

Dans les jours qui ont sui­vi ma lec­ture de ce livre « Le champ de bataille » , je me réci­tais régu­liè­re­ment le man­tra : « Carole, rap­pelle – toi du livre de Jérôme Colin, tiens bon !  »

Tu seras un homme mon fils

Je ne vais pas tout te racon­ter de ce roman, sinon qu’en le lisant, j’ai pleu­ré à plu­sieurs reprises.

Et je ne vais pas te dire pour­quoi j’ai pleu­ré, car fran­che­ment, c’est trop personnel 😉

Je ne vais pas tout te racon­ter, car sinon tu per­drais l’effet de sur­prise que ce roman te réserve, et tu serais pri­vé des sen­ti­ments posi­tifs et de la recon­nais­sance qu’il t’inspirera.

Tu t’y retrou­ve­ras, peut-être beau­coup, peut-être un peu. Et tu ver­ras, que fina­le­ment, ton ado (et toi) vous sor­ti­rez de ce champ de bataille.

L’ado­les­cence n’est que le che­min (tumul­tueux) qui mène à l’adulte, comme le disait déjà Rudyard Kipling dans son poème écrit au début du 20e siècle : Tu seras un homme mon fils.

Quelques extraits de “Champ de bataille” de Jérôme Colin

Nous nous posons sou­vent des ques­tions, par­fois sans réponses, sur la meilleure atti­tude à adop­ter dans la vie quo­ti­dienne, des ques­tions sur l’école et l’ave­nir de nos ados. L’intros­pec­tion à laquelle nous oblige l’a­do­les­cence de nos enfants nous mène au lâcher prise.

Meilleure attitude à adopter

(extrait page 16) :

C’est dif­fi­cile de ne pas leur en vou­loir. De mettre leur mépris sur le compte de l’explosion hor­mo­nale et de leur cer­veau imma­ture. Quand votre fils de quinze ans vous regarde en face avec des yeux noirs et dit « Tu fais chier, putain ! Va cre­ver ! », jamais il ne vous vient à l’esprit d’invoquer la neu­ro­lo­gie. Vous ser­rez les poings et encais­sez le coup en ayant par­fai­te­ment conscience que vous dis­po­sez d’un dixième de seconde pour déci­der de la meilleure atti­tude à adopter.

L’école

(extrait page 29) :

Il a remis ses écou­teurs sans aucune forme de réac­tion. Il a embras­sé sa mère et lui a dit : « Dis-lui d’arrêter de me par­ler tout le temps de l’école ».

Voi­ci ici l’ex­trait d’un inter­view de Jérôme Colin, qui reprend ce qu’il écrit dans « Le champ de bataille » : L’é­cole est res­tée à l’âge des cavernes.

Vie quotidienne

(extrait page 38) :

C’est ça la vie ? On embrasse sa femme du bout des lèvres. On dit bon­jour aux enfants. On se bat pour qu’ils fassent leurs devoirs. On se bat pour qu’ils débar­rassent la table. On se bat pour qu’ils rangent leurs chambres. On se bat pour qu’ils pré­parent leurs car­tables. On se bat avec sa femme parce qu’on s’est trop bat­tu avec ses enfants. On se bat enfin le soir pour s’endormir en se deman­dant ce qu’on a bien pu faire pour méri­ter ça.

(extrait page 84) :

La liste des poten­tiels cou­pables était longue … Et puis, il y avait Paul, dont les assauts avaient fini de nous ache­ver. Mais il n’était en rien l’événement fon­da­teur de notre misère. Juste le symp­tôme d’une mala­die qui s’était déclen­chée bien avant son entrée dans l’adolescence.

(extrait page 111) :

Nous étions repliés dans notre propre mai­son à attendre la pro­chaine offen­sive enne­mie sans savoir d’où elle vien­drait, ni quelle forme elle pren­drait. On atten­dait le pro­chain coup, la pro­chaine porte qui claque, la pro­chaine note de com­por­te­ment, la pro­chaine nou­velle qui, cette fois, nous met­trait défi­ni­ti­ve­ment à genoux. Nous vivions sur nos gardes, trop concen­trés sur l’ennemi pour être encore atten­tif à l’autre. Nous guet­tions le bataillon adverse sans jamais pen­ser à res­ser­rer nos rangs. Igno­rant que deux sol­dats ne font pas une armée.

(extrait page 138) :

Évi­dem­ment que chaque jour­née est un nou­veau champ de bataille. Il faut sans cesse livrer com­bat.
Contre l’herbe qui pousse dans le jar­din, contre la vais­selle qui s’empile, contre nos dési­rs, contre l’école qui nous a fait mal, contre la mort qui s’approche, contre nos enfants qui nous confrontent à nos fai­blesses, contre nos patrons, nos banques, nos four­nis­seurs d’électricité. Et contre les années qui filent de plus en plus vite.

Avenir

(extrait page 106) :

Il va fal­loir gran­dir mon vieux.
Ah oui ? Pour­quoi ? Pour te res­sem­bler ? Je ne veux pas te res­sem­bler ! Je ne veux pas me retrou­ver à qua­rante ans avec des che­veux blancs comme toi. Je ne veux pas me retrou­ver à faire la vais­selle tous les jours, à avoir une petite bagnole et une petite mai­son. Vous avez une vie de merde, et en plus, vous êtes vieux. Vous êtes dépas­sés. Vous êtes un couple de merde, vous avez des vies de merde, vous êtes pauvres, vous n’avez pas d’amis, je ne veux pas deve­nir comme vous. Votre vie de merde, j’en veux pas !

(extrait page 108) : 

J’aurais dû lui dire que je fai­sais ça pour le pré­pa­rer à avoir dix-huit ans. Pour lui apprendre à vivre avec les autres. A com­prendre qu’on n’a pas tou­jours ce qu’on veut dans la vie. Qu’il y a des règles à res­pec­ter. Parce qu’il faut être solide pour deve­nir adulte. Il faut être pré­pa­ré. Accep­ter de faire le deuil de toutes les vies qu’on ne pour­ra plus vivre.

Introspection

(extrait page 148) :

Ils n’ont pas besoin de t’avoir en per­ma­nence sur le dos. Tu sais com­ment on élève les enfants ? Les éle­ver … Tu as com­pris le sens de ce mot ? Eh bien, on met beau­coup d’amour et un peu d’eau ! Voi­là com­ment on fait ! Les éle­ver, ce n’est pas tous les jours leur rap­pe­ler com­bien ils sont chiants, com­bien ils sont ingrats, com­bien ils sont pares­seux, com­bien ils sont mau­vais élèves. Tu veux leur rendre ser­vice ? Lâche-leur les baskets !

(extrait page 150) :

Où fuir pour trou­ver la paix ? Et à quoi bon par­tir fina­le­ment ? Puisqu’en toute lati­tude, inlas­sa­ble­ment, c’est nous que nous retrou­vons. Ce corps que nous cher­chons à déser­ter, ces pen­sées que nous aime­rions éva­cuer. On a beau mettre les voiles, inva­ria­ble­ment, quel que soit l’endroit, nous sommes là.

(extrait page 176) :

On reste coin­cés toute notre vie au plus bel âge. Celui où l’on claque les portes, où l’on s’exprime avec des mots de moins de six lettres, où l’on en veut à la terre entière de n’être pas com­pris, où l’on pense qu’il suf­fit d’un regard franc pour affron­ter le monde et qu’il est pos­sible d’être aimé juste pour ce que l’on est. Mais on ne mûrit pas. On fait juste sem­blant. On met des habits trop grands. Mais il reste tou­jours les mêmes cha­grins abo­mi­nables et les mêmes colères.

(extrait page 179) :

Nous avons atten­du. L’attente est une com­po­sante essen­tielle de la vie de parent. On attend qu’ils s’endorment. On attend qu’ils ter­minent la sieste. On attend qu’ils acceptent de se laver les dents. On attend qu’ils s’habillent. On attend à la sor­tie de l’école. On attend après l’entrainement de foot­ball. On attend à la sor­tie du cours de danse. On attend les résul­tats du bul­le­tin. On attend qu’ils soient ren­trés pour pou­voir enfin s’endormir en se disant que, ce soir encore, tout le monde est vivant dans la maison.

Lâcher prise

(extrait page 171) :

Il devait se repo­ser et s’il avait besoin de par­ler, nous étions là pour l’écouter. Elle a eu les bons mots et les bons gestes. Ceux que j’avais cher­chés et qui n’étaient pas sor­tis. Coin­cés quelque part entre lui et moi.

(extrait page 177) :

Il était temps que je réflé­chisse à tout ça. De prendre le temps pour moi si j’en avais besoin, de quit­ter mon bou­lot s’il ne me plai­sait pas, de revoir en pro­fon­deur ma façon de me com­por­ter avec les enfants. Ces­ser d’être sur leur dos en per­ma­nence, d’attendre d’eux ce qu’ils n’étaient pas. Accep­ter le fait qu’ils étaient en train de chan­ger et qu’il n’y avait rien à faire.

(extrait page 188) :

N’en vou­lez pas aux gens en colère, ils souffrent (Céline).
Mon fils n’est pas un monstre à enfer­mer. C’est un ado­les­cent en souf­france, qui ne connaît pas encore la route à prendre.

Pour com­man­der ton exem­plaire du CHAMP DE BATAILLE de Jérôme Colin, c’est ici :

Bienvenue sur Adolescence Positive !

Photo de Carole Levy

Vous êtes parent, édu­ca­teur ou ani­ma­teur. Vous vous inté­res­sez par­ti­cu­liè­re­ment à la période de l’a­do­les­cence… Vous êtes au bon endroit !

Je m’ap­pelle Carole Levy et je par­tage avec vous mes appren­tis­sages, mes expé­riences et mes connais­sances.

Pour savoir pour­quoi et com­ment, je vous l’ex­plique dans “A pro­pos.”

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2 Commentaires 

  1. Sellier Sylvie

    Je pense que je vais le lire ça m’ai­de­ra ! Mer­ci pour le partage !

    Répondre
    • Carole Levy

      Bonne lec­ture Sylvie !
      N’hé­si­tez pas à nous don­ner vos impressions 😉
      Carole.

      Répondre

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