Un adolescent malheureux, c’est normal ! (Fausse croyance)

Un ado malheureux, c'est normal (fausse croyance)

Auteurs invités :

Pablo Jean

Crédits photo : Hol­gers Fotographie

Très sou­vent, quand un ado­les­cent dit qu’il est mal­heu­reux, on lui répond qu’il est nor­mal de se sen­tir ain­si à son âge. Et si une telle réponse peut sem­bler ras­su­rante de temps en temps afin de dédra­ma­ti­ser, qu’en est-il lorsque les pro­blèmes sont récur­rents et que la réponse est encore et tou­jours la même ?


Car si l’adolescence est une période de chan­ge­ments et de remises en ques­tion, est-ce une rai­son de trou­ver nor­mal qu’un jeune de cet âge se sente malheureux ?

Il y a fort à parier qu’une telle géné­ra­li­sa­tion implique de mélan­ger causes natu­relles de tris­tesse ou de frus­tra­tion et causes à l’origine d’un réel mal-être tota­le­ment nor­ma­li­sé !

Dans cet article invi­té, écrit par Pablo Jean, du site Sco­la­ri­té au top, nous allons voir quelques causes sou­vent invo­quées pour jus­ti­fier du fait qu’un ado­les­cent se sente mal dans sa peau, et mon­trer en quoi elles n’ont rien de banal ! Car oui, la croyance selon laquelle il est nor­mal d’être mal­heu­reux à l’adolescence est selon moi un ter­rible mythe, que je vais ici m’efforcer de détruire !

Qu’est-ce qu’être un adolescent malheureux ?

Le mot “mal­heur” est défi­ni par oppo­si­tion au mot “bon­heur”. Ain­si, le mal­heur est le contraire d’un état d’esprit agréable, posi­tif et durable. En bref, être mal­heu­reux, c’est se sen­tir mal dans sa peau à qua­si­ment chaque ins­tant de la vie, rumi­ner des pen­sées et des émo­tions néga­tives, et ce sur une longue durée. Avec une défi­ni­tion bien plus rigou­reuse du mot, peut-on tou­jours affir­mer qu’il est nor­mal de res­sen­tir une telle émotion ?

En fait, il ne nous vien­drait pas à l’esprit de dire qu’il soit nor­mal qu’un jeune enfant, un adulte ou un ani­mal se sente ain­si. Alors pour­quoi serait-ce dif­fé­rent pour les adolescents ?

La dépres­sion existe réel­le­ment chez l’adolescent, et elle est tout aus­si grave que chez les autres per­sonnes. Mais en rai­son de pré­ju­gés et de négli­gence, on peut croire qu’il ne s’agit que d’une crise d’adolescence qui tourne mal, alors que c’est sou­vent loin d’être le cas.

Les adolescents ne sont pas aussi malheureux en fonction du pays

L’objection qu’on pour­rait alors faire serait de dire que l’adolescence est liée à beau­coup de chan­ge­ments, qui entraînent néces­sai­re­ment des sautes d’humeur : chan­ge­ments hor­mo­naux, com­pa­rai­sons aux autres, ques­tion­ne­ments … Et s’il y a en effet une part de vrai là-dedans, c’est un argu­ment insuf­fi­sant pour jus­ti­fier de l’état de bon­heur d’un ado­les­cent. Car si tel était le cas, le niveau de bon­heur de tous les ado­les­cents du monde serait une constante.

Or, selon une étude de la Var­key Foun­da­tion, ce der­nier varie énor­mé­ment en fonc­tion des pays. On atteint ain­si par exemple 73% de jeunes qui se déclarent heu­reux aux Etats-Unis, contre 45% au Japon. D’ailleurs, selon le gra­phique, les jeunes Fran­çais sont les plus mal­heu­reux d’Europe !

Il y a donc un impact évident de la culture et du milieu social, mais cela prouve sur­tout de façon géné­rale que le taux de bon­heur d’un ado­les­cent peut varier d’une façon énorme en fonc­tion de sa situa­tion de vie. Voyons quels sont les prin­ci­paux cri­tères évo­qués, et s’ils sont réel­le­ment légitimes …

Les causes du malheur : vraiment normales ?

Voyons trois des prin­ci­pales com­po­santes qui carac­té­risent l’adolescence, et s’il est réel­le­ment nor­mal qu’un ado­les­cent se sente mal­heu­reux à cause de cela :

L’âge où l’on commence à imiter les désirs des autres

C’est bien connu, nous appre­nons et nous nous inté­grons à la socié­té prin­ci­pa­le­ment par mimé­tisme. Lors de la petite enfance, nous imi­tons sur­tout les com­por­te­ments des autres, leurs manières de se com­por­ter ou encore la poli­tesse, pour être bien vu et bien intégré.

À par­tir de l’adolescence, nous nous met­tons à imi­ter les dési­rs des autres. C’est ain­si que des choses qui nous sem­blaient tota­le­ment dépour­vues d’intérêt ou inutiles étant enfant, comme les voi­tures ou l’argent, peuvent com­men­cer à deve­nir un centre d’intérêt à par­tir de cette période.

Le pro­blème, c’est que c’est pré­ci­sé­ment à cette même période que beau­coup d’autres dési­rs internes, dont le désir phy­sique, sur­gissent éga­le­ment. Com­ment alors être sûr que les ques­tions qui nous viennent sont vrai­ment impor­tantes pour nous, et com­ment s’assurer qu’elles ne sont pas accen­tuées par le fait de se com­pa­rer aux autres ?

L’erreur serait de consi­dé­rer tous les ques­tion­ne­ments comme de même nature, et donc de ne pas aider l’adolescent à défi­nir ses prio­ri­tés et ce qu’il veut réel­le­ment. Est-il par exemple nor­mal de se sen­tir mal car on se trouve moins beau qu’un autre ?

Plu­tôt que d’aider l’adolescent à déter­mi­ner si la ques­tion est vrai­ment impor­tante pour lui, on le laisse patau­ger en lui disant que le mal-être qu’il res­sent est nor­mal. En agis­sant ain­si, on aggrave cer­tains phé­no­mènes mineurs, tan­dis que les vrais pro­blèmes sont mini­mi­sés, voire ignorés.

En aidant le jeune à trou­ver sa voie et à se connaître lui-même, il n’y a en fait pas de rai­son qu’il se sente mal dans sa peau à cause de cela, même si évi­dem­ment, les ques­tion­ne­ments sont inévi­tables et n’ont rien d’anormal, s’ils ne rendent pas l’adolescent malheureux .

Changements physiques (qui peuvent nous déplaire)

Les chan­ge­ments phy­siques s’accompagnent sou­vent de chan­ge­ments psy­cho­lo­giques, notam­ment car on peut plus ou moins bien prendre la façon dont notre corps évo­lue. Là encore, la com­pa­rai­son avec les autres a un impact consi­dé­rable sur la façon dont on vit ces chan­ge­ments.

L'adolescent se questionne sur son identité.

Mais là encore, il y a un pro­blème : com­ment dis­tin­guer nos propres remises en ques­tion, qui sont légi­times, de celles qu’on nous met dans la tête à tra­vers des juge­ments inces­sants ? D’ailleurs, le fait de vivre dans une socié­té qui pro­pose de remé­dier à tout défaut, notam­ment à tra­vers la chi­rur­gie esthé­tique, n’aide pas les ado­les­cents à s’accepter tels qu’ils sont.

Res­sen­tir des ques­tion­ne­ments et des doutes par rap­port à son corps peut être légi­time, mais pas quand la souf­france est trop forte. Si tel est le cas, il faut réel­le­ment s’interroger sur l’environnement de l’adolescent : n’est-il pas par exemple entou­ré de per­sonnes qui ne font que le juger ou le rabais­ser, et l’incitent à cor­res­pondre à des cri­tères phy­siques qui ne lui cor­res­pondent pas ?

L’orientation professionnelle

Il s’agit d’un aspect qui prend de plus en plus de place au fur et à mesure que le jeune gran­dit. Si quand il était petit on se conten­tait de lui deman­der ce qu’il “vou­lait faire plus tard”, on com­mence à exi­ger de lui qu’il ait une idée de plus en plus pré­cise de ce qu’il compte faire.

L’étau se res­serre, on nous demande de choi­sir pré­ci­sé­ment une filière, puis de se diri­ger vers une cer­taine école, tout en nous répé­tant sans cesse que notre ave­nir se joue là-des­sus et qu’il ne faut pas se tromper.

En agis­sant ain­si, on inculque la fausse croyance selon laquelle nous serions pri­son­niers d’une filière ou d’un métier toute notre vie, mais en plus, on demande à des jeunes de se pro­je­ter à très long terme, dans un contexte éco­no­mique plus qu’incertain !

Là aus­si, on devrait insis­ter sur le fait que cher­cher sa voie n’a pas à être source d’angoisse, mais plu­tôt d’excitation. D’ailleurs, les craintes géné­rées par l’appréhension d’un monde du tra­vail hos­tile devraient sur­tout être l’affaire du sys­tème sco­laire, dont la mis­sion est évi­dem­ment de bien pré­pa­rer les jeunes à s’y insé­rer en accord avec eux-mêmes !

Quelles solutions apporter à un adolescent malheureux ?

Etre à l’écoute de l’adolescent

L’écoute reste la prin­ci­pale des qua­li­tés dont il faut faire preuve pour venir en aide à un jeune qui ne se sent pas bien dans sa peau, car il faut être prêt à rece­voir ses pro­pos et à ne pas les juger avec les idées reçues habi­tuelles.

Retrou­ver de la moti­va­tion et du sens dans son tra­vail est éga­le­ment indis­pen­sable pour avoir une ado­les­cence heu­reuse et (entre autres) réus­sir sa sco­la­ri­té. Je donne d’ailleurs plu­sieurs pistes pour y arri­ver rapi­de­ment en fin d’article.

Aider l’adolescent malheureux à révéler son potentiel

La deuxième qua­li­té néces­saire est le fait de bien savoir lire les indi­vi­dus”, autre­ment dit de savoir les aider à révé­ler leurs poten­tiels. Mal­heu­reu­se­ment, les rares per­sonnes aux­quelles peuvent se confier la plu­part des jeunes ont par­fois ten­dance à mal les com­prendre, et donc à les induire en erreur. Le fait de croire au mythe selon lequel il est nor­mal qu’un enfant soit mal­heu­reux à l’adolescence fait par­tie de ces fausses croyances.

Au niveau social, quand ils confient leurs dif­fi­cul­tés à s’intégrer, ils sont sou­vent pous­sés à “faire plus d’efforts” ou à “sor­tir davan­tage”, alors que non seule­ment cela peut ne pas cor­res­pondre à la per­son­na­li­té de l’adolescent, mais en plus le pro­blème peut être bien plus pro­fond.

Au niveau pro­fes­sion­nel, beau­coup d’adultes ont ten­dance à pro­je­ter leur propre idéal de réus­site sur le jeune, ou alors à lui pro­po­ser des pistes qui étaient valables il fut un temps mais qui ne le sont désor­mais plus.

Distinguer crise d’adolescence et mal-être profond

Enfin, les volon­tés qu’émet l’adolescent sont bien sou­vent consi­dé­rées à tort comme fai­sant par­tie de sa crise d’adolescence ou témoi­gnant d’une imma­tu­ri­té ou d’un désir de non-confor­misme. On a tous en tête l’exemple de l’adolescent rebelle et un poil fai­néant qui décide du jour au len­de­main de ne plus tra­vailler en cours pour jouer aux jeux vidéos, tel qu’on peut en voir dans les séries.

Mais com­ment alors le dis­tin­guer de celui qui éprouve un réel mal-être à l’école, qui aime­rait réel­le­ment tra­vailler mais qui souffre d’une pho­bie sco­laire par exemple ?

Si le pre­mier a sur­tout besoin d’un bon coup de moti­va­tion, il n’en est pas de même pour le second, qui peut avoir un réel pro­blème psy­cho­lo­gique. Dans ce cas, la mise en œuvre de réelles solu­tions s’imposent, comme le fait de faire l’instruction en famille par exemple, qui peut être un incroyable révé­la­teur de poten­tiel et libé­rer de nom­breux enfants mal­heu­reux à l’école.

On voit donc fina­le­ment que les adultes, et la socié­té en géné­ral, ont une grande part de res­pon­sa­bi­li­té dans le niveau de bon­heur des ado­les­cents par le com­por­te­ment qu’ils adoptent avec eux.

Quelles sont vos astuces “anti-malheur” ?

À tra­vers les dif­fé­rents argu­ments que j’ai évo­qués, j’espère avoir défi­ni­ti­ve­ment prou­vé que cette croyance était fausse, car être mal­heu­reux n’est en fait nor­mal pour per­sonne !

En bref, plu­tôt que de rumi­ner de fausses croyances, il est grand temps de cher­cher des solu­tions pour per­mettre aux ado­les­cents de mieux se sen­tir dans leur peau ! N’hésitez donc pas à lais­ser vos com­men­taires et à par­ta­ger vos idées.

Enfin, pour appro­fon­dir cette réflexion dans le cadre de la sco­la­ri­té, vous pou­vez consul­ter cet article et suivre le lien pour télé­char­ger mon livre “7 conseils pour avoir plus de moti­va­tion durant sa sco­la­ri­té et car­ton­ner”.

Bienvenue sur Adolescence Positive !

Photo de Carole Levy

Vous êtes parent, édu­ca­teur ou ani­ma­teur. Vous vous inté­res­sez par­ti­cu­liè­re­ment à la période de l’a­do­les­cence… Vous êtes au bon endroit !

Je m’ap­pelle Carole Levy et je par­tage avec vous mes appren­tis­sages, mes expé­riences et mes connais­sances.

Pour savoir pour­quoi et com­ment, je vous l’ex­plique dans “A pro­pos.”

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3 Commentaires 

  1. Lanao

    Le plus impor­tant est le par­tage et l’écoute, dans la vision de l’excellence que prône nos socié­tés et ensei­gne­ments, nous avons mis de côté cela. Réap­pre­nons à faire confiance à la jeu­nesse et appre­nons à ces jeunes de choi­sir ce qu’ils aiment, ce qui les fait vibrer, ain­si je crois qu’ils auront une pre­mière clef vers leur bonheur.

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    • Carole Levy

      Je suis tout à fait d’ac­cord avec vous. J’a­jou­te­rai même qu’ils peuvent chan­ger d’o­rien­ta­tion “en cours de route”, tout comme ils seront ame­nés à chan­ger de métier au cours de leur vie, s’ils le souhaitent.

      Répondre
    • Pablo Jean

      Tout à fait Lanao, d’ailleurs ce sont des com­pé­tences néces­saires pour aider les jeunes à savoir ce qu’ils veulent être et faire, étant don­né que ce peut par­fois être dif­fi­cile pour eux de trou­ver seuls la réponse 🙂

      Répondre

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